mercredi 18 avril 2012

Les chasseurs d'étoiles

Ploc. Ploc. La pluie tombe à verse sur Los Angeles car en Californie, il ne fait pas toujours beau et chaud. Les nuits sont souvent très froides, dans le désert. Et les pluies d’avril sur Los Angeles rappellent les pluies de novembre du Québec.

Comme d’habitude, F va à l’université et M, qui a terminé ses études, est parti préparer un récital. Les jours se suivent et se ressemblent. Et ce n’est pas toujours facile. Les études aux Etats-Unis coûtent cher. Et pour avoir le moyen de les payer lorsqu’on n’a pas d’argent, il faut être bon. Très bon. Enfin, c’est ce qu’ils disent tous. Il faut réussir sans arrêt car un seul échec et c’est la porte. Qui paiera pour l’élève qui a besoin de reprendre un cours?

Pour le moment, F réussit. La session tire à sa fin. Les bons résultats scolaires se monnayent en bourses et comme il n’y a pas assez de bourses pour tous les étudiants qui en mériteraient une, la compétition sera féroce. On verra qui y sera encore à la prochaine session.

F pratique depuis deux heures dans le local d’orgue. Toc toc. Entrez. Tiens, c’est W qui est venu aux nouvelles. Ce n’est pas toujours facile pour W non plus. Sa situation d’étudiant aux États-Unis lui pèse autant qu’à F. Ils parlent un peu. Ils parlent finances, mariage, projets d’avenir… Ils se souhaitent bonne chance, espérant ne pas nuire à l’autre dans sa quête d’une très convoitée bourse d’études. F file à son cours et W prend sa place sur le banc d’orgue. C’est ainsi.

F pense au Québec. À la grève qui sévit, à la violence qui escalade, à cet esprit collectif qui lui manque tant ici, à Los Angeles. F pense au pouvoir des idées. Comment expliquer qu’aussi loin qu’ils soient, M et F comprennent les étudiants en grève du Québec parce que nombre d’entre eux, sans être artistes, leur sont si semblables?

Quand a-t-on cessé de rêver de bâtir un monde meilleur autour de soi? Quand a-t-on renoncé à des idéaux pour le confort aseptisé de son petit salaire, de son petit salon devant sa petite télé (pas trop petite, s’il vous plaît), du chacun pour soi et tant pis pour ceux qui n’en ont pas les moyens? Quand F lit des commentaires de gens qui trouvent que les artistes vivent au dépens de la société et qu’on ne devrait pas payer pour eux, qu’ils se trouvent une job, bande de paresseux, cela lui fait de la peine.

F pense à M. À leurs projets. À ce que les gens disent, aussi. Aux comptes à rendre. Parce que quoi qu’on en dise, ils sont obligés de rendre des comptes. Comment expliquer qu’ils ont décidé de risquer temps et argent dans une aventure aussi incertaine? Comment expliquer qu’ils voulaient voir d’autres cieux, avoir le temps de réfléchir, de bâtir des projets d’avenir? Comment expliquer que pour bâtir des projets, il faut des expériences, il faut avoir appris, vu, essayé? Comment expliquer qu’ils ne pouvaient se complaire dans une petite existence douillette, terne, confortable, pleine d’ambitions, mais sans idéal?

Comment expliquer que les chasseurs d’étoiles, ils existent; et que sans ceux qui rêvent de mieux, d’art, de beauté, rien ne changerait?

mardi 6 mars 2012

La Cité des Anges

Los Angeles, c’est le charme du soleil et des palmiers. C’est le charme de la mer et des montagnes. C’est aussi une ville typiquement américaine. Rues droites, larges, conçues pour l’automobile. C’est de grands boulevards bordés de palmiers qui montent haut, très haut, vers un ciel presque toujours bleu. Bleu « Los Angeles », un bleu égal, brillant, sans nuage.

Los Angeles, c’est aussi un rythme. Tic Tac. Tout le jour, les gens vont et viennent. Ils travaillent, font ce qu’ils ont à faire. Il n’y a pas de détour, pas de pas errants, pas de fantaisie. La Cité des Anges n’a pas de cœur qui bat. On n’y sent pas une pulsion de vie comme à Paris, ou à Montréal… Tout cet engrenage fonctionne vite, sauf sur l’autoroute à l’heure de pointe. Et puis le soir, pouf! Tout s’arrête. Le centre-ville est désert.

Los Angeles, c’est un pôle des Etats-Unis. C’est une culture, une vision du monde. Toute relation y est construite autour du concept de liberté individuelle. La liberté de choisir, la liberté de payer, aussi.

Dans ce monde si proche (5000 km!) et pourtant si loin de chez moi, je tente de laisser derrière une partie de ce que je fus un jour. Je tente de saisir le pourquoi de mes choix, l’avenir que je veux bâtir, que je peux bâtir.

On ne sait pas pourquoi les choses arrivent à un moment précis de notre vie. On part, puis on découvre, on apprend, on rencontre des gens… Une chose est certaine, c’est qu’on finit toujours par laisser une part de soi là où l’on a vécu. On sait que l’on a vraiment vécu dans une ville lorsqu’on ressent ce mélange particulier d’amour et de haine pour elle. Lorsqu’on regarde les cactus de la même façon que les érables rouges, lorsqu’on mélange les stations Union et Berri-UQÀM. Lorsqu’on appelle les trains METROLINK des TGV, qu’on confond AMTRAK et la SNCF…

samedi 4 juin 2011

Voyage à Paris

Paris, c'est d'abord un rythme. Paris n'arrête pas, Paris est pressée. Paris gronde sans cesse, au rythme des pas rapides et saccadés de ses habitants et de ceux plus errants, un peu hystériques des touristes qui s'affairent d'une vitrine à l'autre.

Paris, c'est l'histoire de plusieurs bâtiments, c'est l'histoire des rois qui sont tombés, c'est une histoire de complots, de révolution, de barricades. C'est une histoire du beau qu'on a su préserver, du beau qu'on regrette d'avoir détruit dans une impulsion de violence...

Paris, c'est aussi parfois une odeur de pain, une odeur de vin, de fromages, de charcuteries... C'est hélas parfois une odeur d'égouts. C'est souvent une odeur de cigarettes que les Parisiens fument sur les terrasses des cafés et restaurants où ils regardent les gens passer. Parce qu'ils regardent les gens passer. C'est drôle comme ils sont tous installés face à la rue.

Et puis, Paris, c'est une symphonie. Une symphonie de sirènes (si bémol - do - si bémol, si bémol - ré...) qui deviennent de plus en plus fausses à mesure qu'elles s'éloignent. L'effet Doppler, quoi. Une symphonie avec les cloches du Tramway qui arrive, les sifflets des gendarmes, les sonneries de portables, les conversations des gens, des marchands qui crient leur marchandise, des SDF qui quêtent...

Paris, c'est tout cela et les gens qu'on rencontre. Je dirais même que c'est surtout les gens qu'on rencontre. On aime un endroit ou non parce qu'on garde de bons souvenirs ou non des moments qu'on y a vécus.

Les voyages, c'est une histoire d'émotions. De ce qu'on découvre, de ce qu'on laisse derrière. De ce qu'on s'est dit, de ce qu'on aurait aimé dire. De ces choses qu'on aimerait pouvoir dire mais pour lesquelles il semble qu'on ne puisse jamais trouver les mots justes. Il y a aussi toutes ces choses qu'on aimerait dire mais qu'on n'ose pas dire. Les questions pour lesquelles on n'ose pas entendre une réponse, les vérités tranchantes comme des lames de rasoir, les souvenirs parce qu'on se rappelle ce qu'on aime ou qu'on déteste, parce que ça nous fait quelque chose, l'attachement, une part de soi qui nous rendrait vulnérable...

Il y a le sourire, un regard, le vent, le silence qu'on n'ose pas briser.

Et puis, en fin de compte, lorsqu'on raconte son voyage, on montre des photos, on décrit des bâtiments, la nourriture, le temps qu'il a fait...

mardi 13 avril 2010

La saga de Saint-Viateur

J’ai parfois l’impression que la raison de ma présence au sein de la classe d’orgue du Conservatoire n’est pas d’apprendre à jouer de l’orgue ou même d’être la petite dernière, mais plutôt d’être celle qui consignera par écrit, pour la postérité, toutes sortes d’aventures plus rocambolesques les unes que les autres. Aussi suis-je celle à qui tout arrive.


Mercredi passé, étant allée répéter dans une certaine église Saint-Viateur, l’alarme de feu fut déclanchée par de la fumée servant à effectuer des tests dans les égouts de la ville. Les lumières d’urgence s’étant allumées, la fumée étant réellement présente (bien qu’en très petite quantité), l’alarme étant stridente et mes réflexes bien entraînés, j’évacuai l’église dans laquelle j’étais seule, bien entendu. Après avoir appris qu’il s’agissait d’une fausse alarme, j’y retournai pour constater que l’orgue ne fonctionnait plus.


Cet après-midi, je comptais bien profiter des deux heures de répétition qui m’étaient allouées puisque j’avais perdu celles de la semaine précédente. Je me présente au bureau pour prendre possession des clefs. Les clefs ont disparu. L’organiste de la veille ne les avait pas remises au bureau. La saga commence. Qui donc a les clefs? On ne peut plus faire confiance à personne. On consulte les témoins. Une jeune femme est venue la dernière, la veille. On n’a plus les clefs. « Madame, je n’en sais rien, mais pour pratiquer, il me faut bien accéder à l’église… » Fais ce que tu peux, qu’on me répond. Je peste. Je me rends au presbytère. On peste encore plus. On ne laissera plus personne emprunter les clefs. Quel malheur. Bon, entre. Prends l’escalier à ta droite et tu te rendras dans l’église.


Je prends l’escalier. Au bout de l’escalier, à gauche, une grande salle avec une porte verrouillée. À droite, une porte verrouillée. Je déverrouille la porte de droite. Un long couloir décoré de portes identiques. Je marche. Je tourne, je me perds. Je prends un autre escalier… Je vois soudainement un salon d’aspect riche et je me rends compte que je suis chez les clercs de Saint-Viateur… Je rencontre une dame. Je demande comment me rendre dans l’église. La dame me regarde d’un air suspect. Je lui raconte l’histoire des clefs. Elle fait semblant de me croire mais elle fait mal semblant et ça paraît. Elle m’indique presque gentiment de prendre la porte. J’objecte que je ne pourrai pas accéder à l’église par l’extérieur puisque je n’ai pas les clefs. Elle me répète de sortir. Je comprends qu’elle me prend pour une voleuse. Désespérée, je lui dis que je vais retourner au bureau. Elle me suit jusqu’au bureau. Tout en marchant, je prie pour ne pas me perdre encore afin que la dame ne décrète pas que je suis une voleuse…


La secrétaire m’ouvre la porte qui était au fond de la salle de gauche.au bout du premier escalier. Je reconnais la sacristie. Je pense « Alléluia! ». Ne pense pas trop vite. La porte de la tribune de l’orgue est verrouillée. Je dérange la secrétaire une troisième fois. Elle m’accompagne et ouvre toutes les portes pour moi. Je lui indique que quelqu’un viendra me rejoindre dans 10 minutes. Elle décide de rester dans l’église afin de lui ouvrir la porte. Je me répands en excuses. La dame rigole : « C’est toujours à toi que tout arrive. »


Je signe le petit carnet de présences à l’orgue. Mes yeux tombent sur un message inscrit au crayon de plomb dans le carnet. « Allô Francine! (Monique) xx ». Je souris. Mon professeur de chant – sûrement engagée pour un service funèbre - a pensé à me laisser une note dans le carnet de location de l’orgue…